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Vous aimez votre maison. Vous n’avez aucune envie de la quitter. Mais vos revenus ne suffisent plus tout à fait. Le viager occupé répond à cette situation. Vous vendez votre bien. Vous touchez une somme au départ, le bouquet, puis une rente chaque mois. Et vous restez chez vous jusqu’au bout. Voici, sans jargon, comment cela marche pour une personne âgée qui veut sécuriser ses vieux jours.
Qu’est-ce que le viager occupé ?
Le viager occupé, c’est vendre son logement tout en continuant d’y vivre. L’acheteur devient propriétaire, mais ne récupère le bien qu’à votre décès. Vous touchez un bouquet, puis une rente à vie.
Le viager occupé est une vente immobilière un peu particulière. Vous vendez votre bien, mais vous gardez le droit d’y habiter jusqu’à la fin.
C’est la forme de vente la plus courante. Environ 90 % des ventes en viager sont occupées. Vous n’êtes donc pas un cas isolé.
Concrètement, l’acheteur vous verse deux choses. D’abord une somme au départ, le jour de la signature : c’est le bouquet. Ensuite une somme chaque mois, à vie : c’est la rente.
Deux mots reviennent souvent. Vous êtes le crédirentier, celui qui vend et reçoit la rente. L’acheteur est le débirentier, celui qui paie la rente.
Vous vous demandez peut-être comment fonctionne un viager occupé dans le détail. L’idée tient en une phrase simple. Vous transformez les murs de votre maison en revenus, sans partir.
Certains ressentent un malaise face à cette vente. On leur a dit que le viager était un pari sur la durée de vie. Cette gêne est normale, et il faut la nommer.
En réalité, personne ne connaît la durée du contrat à l’avance. C’est ce qu’on appelle l’aléa. C’est le même principe qu’une assurance : ni vous ni l’acheteur ne savez combien de temps durera l’accord.
Dans ce guide, nous parlons uniquement au vendeur senior. Nous vous expliquons chaque étape, sans rien vous vendre. Pour le mécanisme général du viager, vous pouvez consulter notre article comment fonctionne le viager.
Rester chez soi : le droit d’usage et d’habitation (DUH)
Le DUH vous garantit d’occuper votre logement jusqu’à votre décès. Ce droit est inscrit dans l’acte notarié. Personne ne peut vous demander de partir. En revanche, vous ne pouvez pas louer le bien.
Voici le cœur rassurant du viager occupé. Vous restez chez vous, c’est garanti.
Ce droit porte un nom : le DUH, le droit d’usage et d’habitation. C’est le droit de vivre dans votre logement jusqu’à la fin de votre vie.
Ce droit n’est pas une promesse en l’air. Il est inscrit dans l’acte de vente, chez le notaire. Il est opposable à tous, y compris à l’acheteur.
Beaucoup de personnes âgées ont la même crainte : vendre, puis devoir quand même partir. Cette peur est légitime. Mais le DUH la lève. Vous ne pouvez pas être expulsé de chez vous.
Un point mérite d’être clair. Le DUH n’est pas un usufruit. Ces deux droits se ressemblent, mais ils ne sont pas identiques.
Avec un usufruit, vous pourriez louer le bien et encaisser un loyer. Le DUH, lui, ne le permet pas. Il vous autorise seulement à habiter le logement vous-même.
Puis-je louer mon logement en viager occupé ?
Non. Le droit d’usage et d’habitation ne couvre que votre occupation personnelle. Vous ne pouvez pas mettre le bien en location.
Vous ne pouvez pas non plus héberger un tiers à titre gratuit de façon durable. Le logement reste votre domicile, pas un bien à louer.
Si un jour vous devez le quitter, des solutions existent. Nous les voyons plus loin, dans la partie consacrée à l’EHPAD.
Retenez l’essentiel de cette section. En viager occupé, votre toit est protégé par le notaire. C’est un droit, pas une faveur de l’acheteur.

La décote d’occupation expliquée simplement
La décote, c’est une remise sur le prix. Comme vous continuez à habiter, l’acheteur paie moins cher. Plus vous êtes jeune, plus la remise est forte. Elle suit votre âge et un barème connu des notaires.
Vous vous demandez sûrement pourquoi le prix baisse. C’est normal. Voici l’idée simple.
Quand vous vendez en viager occupé, vous gardez le droit de vivre chez vous. L’acheteur, lui, ne peut pas en profiter tout de suite. Il devra attendre. En échange de cette attente, il paie moins cher que le prix normal.
Cette remise porte un nom : la décote d’occupation. Imaginez un loyer que vous ne payez pas. C’est un peu ça. Vous restez, donc le prix descend.
Comment se calcule votre prixLe principe de la décote d’occupation
Le calcul part de la valeur vénale : le prix de votre bien s’il était vendu libre. On en retire la décote. Ce qui reste, c’est la valeur occupée. C’est sur cette base que l’on fixe votre bouquet et votre rente.
La décote dépend surtout de votre âge. Plus vous êtes âgé, plus l’acheteur récupérera le bien tôt. Donc la remise est plus faible. À l’inverse, à 65 ans, la remise est plus forte.
Les notaires utilisent pour cela le barème Daubry, un tableau de référence. Il s’appuie aussi sur les tables de mortalité de l’INSEE, qui mesurent l’espérance de vie.
La décote d’occupation selon votre âgeOrdre de grandeur, barème notarial Daubry
| Âge du vendeur | Décote (homme) | Décote (femme) | Valeur occupée pour 100 000 € |
|---|---|---|---|
| 65 ans | ~52 % | ~58 % | ~48 000 € |
| 70 ans | ~45 % | ~51 % | ~55 000 € |
| 75 ans | ~38 % | ~44 % | ~62 000 € |
| 80 ans | ~30 % | ~36 % | ~70 000 € |
| 85 ans | ~22 % | ~28 % | ~78 000 € |
| 90 ans | ~15 % | ~21 % | ~85 000 € |
Rassurez-vous sur un point. Vous ne fixez pas ce prix seul face à l’acheteur. Le notaire, tiers neutre, établit le calcul officiel. Vous n’êtes pas à la merci d’une estimation arbitraire.
Calcul du bouquet et de la rente
Une fois la valeur occupée connue, on la partage en deux. Une part devient le bouquet, versé au départ. Le reste devient la rente, versée chaque mois à vie. Vous choisissez la répartition avec le notaire.
Vous voulez savoir combien vous allez vraiment toucher. C’est la question la plus importante. Voyons-la avec un exemple simple.
Prenons un bien qui vaudrait 300 000 € vendu libre. Le vendeur a 75 ans. La décote est d’environ 38 %. La valeur occupée tombe donc à 186 000 €.
300 000 €
Le prix normal de votre bien, vendu vide.
−38 %
La remise, parce que vous continuez à habiter.
186 000 €
La base qui devient votre bouquet et votre rente.
Ces 186 000 € se partagent en deux. Une part est versée tout de suite : le bouquet. Le reste sert à calculer votre rente mensuelle, versée à vie.
Le bouquet est souvent une somme d’argent immédiate. Il sert par exemple à aider un enfant, ou à garder une réserve. Le reste devient un revenu régulier, mois après mois.
Comment choisir entre plus de bouquet et plus de rente ? Ce choix dépend de votre besoin propre : de l’argent tout de suite, ou un revenu mensuel plus élevé. Nous détaillons cet arbitrage dans notre article dédié au calcul du bouquet viager.
Ci-dessous, un calculateur pour estimer votre situation. Bougez les curseurs. Les montants se recalculent tout seuls.
Estimez votre bouquet et votre renteSimulation indicative, le notaire fait foi
Décote appliquée38 %
Bouquet estimé55 800 €
Rente mensuelle770 €/mois
Estimation indicative et simplifiée. Seul le notaire établit le calcul officiel. Ce simulateur ne collecte aucune donnée personnelle.
Ces montants sont des estimations. Ils vous donnent un ordre de grandeur, pas un chiffre officiel. Seul le notaire produit le calcul exact.
La fiscalité de la rente viagère par âge
Bonne nouvelle : vous n'êtes imposé que sur une partie de la rente. Plus vous êtes âgé au premier versement, plus cette part est faible. Après 70 ans, seule 30 % de la rente est imposée.
Parlons maintenant des impôts. Beaucoup de personnes âgées craignent de payer trop, sans l’avoir prévu. Cette inquiétude est compréhensible. Voici comment cela marche vraiment.
Votre rente n’est pas imposée en totalité. Seule une fraction entre dans votre déclaration. Le reste est exonéré d’impôt.
Cette fraction dépend de votre âge au premier versement. C’est le grand avantage du viager pour un senior. Plus vous êtes âgé, moins vous êtes imposé.
La part de votre rente imposée selon votre âgeFraction imposable, figée à l'entrée en jouissance
| Votre âge au 1er versement | Part imposée | Part exonérée |
|---|---|---|
| Moins de 50 ans | 70 % | 30 % |
| De 50 à 59 ans | 50 % | 50 % |
| De 60 à 69 ans | 40 % | 60 % |
| 70 ans et plus | 30 % | 70 % |
Un détail change tout : cette fraction est figée à vie. On la fixe au premier versement, et elle ne bouge plus jamais ensuite.
Cela ouvre une astuce simple. Si vous entrez dans la rente après 70 ans, vous ne payez d’impôt que sur 30 % de celle-ci. Et ce, pour toujours.
Prenons un exemple. Vous recevez 10 000 € de rente par an, à 72 ans. Seuls 3 000 € sont imposés. Les 7 000 € restants sont exonérés d’impôt.
Il reste un point à connaître. Sur cette fraction imposable, vous payez aussi les prélèvements sociaux de 17,2 %. Ils ne portent que sur la part imposée, pas sur toute la rente.
Enfin, une autre bonne nouvelle. Si le bien vendu est votre résidence principale, la vente est exonérée de plus-value. Vous ne payez pas d’impôt sur le gain à la vente.

Qui paie les travaux et la taxe foncière ?
Les gros travaux sont pour l'acheteur : toiture, murs porteurs, chaudière. Vous gardez l'entretien courant et vos consommations. La taxe foncière revient à l'acheteur, sauf clause contraire écrite dans l'acte.
Voici une crainte fréquente. Devoir payer un gros chantier avec une petite retraite. Rassurez-vous : ce n’est plus votre charge.
La loi partage les frais de façon claire. Les gros travaux reviennent à l’acheteur. Cela couvre la toiture, les murs porteurs, la chaudière ou une mise aux normes.
De votre côté, vous gardez les dépenses du quotidien. L’entretien courant, les petites réparations, vos consommations d’eau et d’électricité. Ce sont des frais que vous aviez déjà avant la vente.
À votre charge (le vendeur)
- L'entretien courant du logement
- Les petites réparations
- Vos consommations (eau, électricité, chauffage)
- La taxe d'habitation, si elle s'applique
À la charge de l'acheteur
- Les gros travaux (toiture, murs porteurs, chaudière)
- Les grosses réparations de structure
- La taxe foncière, sauf clause contraire dans l'acte
Ce partage n’est pas une simple habitude. Il découle des articles 605 et 606 du Code civil. Le propriétaire assume les grosses réparations, l’occupant l’entretien.
Reste le cas de la taxe foncière. En principe, elle est due par l’acheteur, le nouveau propriétaire. C’est la règle par défaut.
Mais cette règle peut changer. L’acte peut prévoir que vous la payez, en contrepartie de votre occupation. Cette clause doit être écrite noir sur blanc dans l’acte. Sans écrit, elle reste à la charge de l’acheteur.
Vérifiez donc bien ce point avec le notaire avant de signer. C’est une somme qui compte chaque année. Vous devez savoir qui la porte.
Et si j’entre en EHPAD ?
Si vous partez définitivement en maison de retraite, vous pouvez renoncer à votre droit d'habitation. Le logement redevient libre pour l'acheteur. En échange, votre rente est alors majorée.
Que se passe-t-il si vous devez entrer en EHPAD un jour ? La crainte est double : perdre votre logement et payer la maison de retraite en même temps.
Une solution existe : la clause de libération anticipée. Si vous quittez définitivement votre domicile, vous renoncez à votre droit d’habitation par un acte notarié. Le logement redevient alors libre pour l’acheteur. Votre rente est majorée, ce qui aide à financer l’établissement.
Cette renonciation est encadrée : jamais tacite, toujours écrite, et irrémédiable une fois signée.
Nous détaillons toute cette stratégie dans notre guide pour financer l’EHPAD par le viager. Pour le budget d’un établissement, voyez aussi le prix d’un EHPAD.

Protéger mon conjoint survivant
Vous pouvez protéger votre mari ou votre femme. Prévoyez une rente réversible et un droit d'habitation réversible. Votre conjoint continue à vivre chez lui. Il perçoit aussi la rente après votre décès.
Une peur revient souvent chez les couples. Laisser son conjoint sans rien, en partant le premier. Vous pouvez l’éviter.
Le viager occupé permet de protéger votre conjoint survivant. Deux mécanismes existent, et ils se combinent.
Le premier est la rente réversible. Vous pouvez prévoir que la rente continue après votre décès. Elle passe alors à 100 % à votre conjoint, qui garde ce revenu à vie.
Le second est le droit d’habitation réversible. Votre conjoint conserve le droit de vivre dans le logement. Il n’a pas à le quitter à votre décès.
Ces deux protections ne sont pas automatiques. Elles doivent être stipulées dans l’acte, chez le notaire. Dites-le clairement dès le départ.
On parle alors d’une vente sur deux têtes. Le contrat court sur vos deux vies, pas une seule. Le bien ne revient à l’acheteur qu’au décès du dernier des deux.
Ce point mérite votre attention. La protection du conjoint a un coût. Comme l’acheteur attend plus longtemps, la remise est plus forte.
C’est un choix de couple, à discuter ensemble. Protéger l’autre, ou toucher un peu plus au départ. Le notaire vous aide à peser les deux.
Ce que le viager occupé n’est PAS
On confond souvent le viager occupé avec d'autres formes de vente. Ce n'est ni un viager libre, ni un usufruit, ni une donation. Et surtout, ce n'est pas une perte de votre toit.
Autour du viager, les idées reçues sont nombreuses. Levons les confusions les plus courantes. Cela vous aidera à décider l’esprit tranquille.
Retenez la nuance clé du premier point. Le viager occupé, c’est vous chez vous. Le viager non occupé, aussi appelé viager libre ou viager inoccupé, c’est l’inverse : l’acheteur dispose du bien dès la vente.
Ces distinctions comptent au moment de choisir. Chaque formule répond à un besoin différent.
Vos questions sur le viager occupé
Comment fonctionne un viager occupé ?
En viager occupé, vous vendez votre logement mais vous continuez d’y vivre. L’acheteur vous verse un bouquet au départ, puis une rente chaque mois à vie. Il ne récupère le bien qu’à votre décès.
Quelle décote pour un viager occupé ?
La décote dépend de votre âge. Elle tourne autour de 45 % à 70 ans et de 30 % à 80 ans, pour un homme. Ce sont des ordres de grandeur : seul le notaire calcule votre décote exacte.
Quels sont les frais de notaire pour un viager occupé ?
Les frais de notaire sont payés par l’acheteur, comme dans toute vente. Ils se calculent sur la valeur occupée du bien, plus faible que la valeur libre. Vous, vendeur, n’avez pas ces frais à régler.
Peut-on vendre en viager occupé sans l’accord des héritiers ?
Oui. Le bien vous appartient, vous êtes libre de le vendre. L’accord de vos enfants ou héritiers n’est pas requis. Vous touchez un prix réel, ils ne sont donc pas lésés par la vente.
Que devient le viager occupé au décès du crédirentier ?
À votre décès, votre droit d’habitation s’éteint. L’acheteur récupère alors la pleine jouissance du logement. La rente cesse d’être versée, sauf si une réversibilité au profit du conjoint a été prévue dans l’acte.
Peut-on habiter un viager occupé qu’on a acheté ?
Non, pas tant que le vendeur occupe le bien. L’achat en viager occupé donne la propriété, mais pas la jouissance immédiate. L’acheteur devra attendre la fin du droit d’habitation pour s’y installer.
Quelle différence entre viager occupé et viager libre ?
En viager occupé, le vendeur reste chez lui : l’acheteur attend. En viager libre, l’acheteur dispose du bien tout de suite. Il peut l’habiter ou le louer dès la vente. Le viager libre n’a pas de décote d’occupation.
Que se passe-t-il si l’acheteur ne paie plus la rente ?
Vous êtes protégé par la clause résolutoire, prévue dans l’acte. Si l’acheteur cesse de payer, vous pouvez récupérer votre bien. Nous détaillons ces protections dans notre guide sur les avantages et risques du viager.
SOURCES10 références
- service-public.gouv.fr, fiche F3173 : Déclarer les rentes viagères (fraction imposable par âge)
- service-public.gouv.fr, fiche F2762 : Taxe foncière (redevable)
- service-public.gouv.fr, fiche F10864 : Plus-value immobilière (exonération résidence principale)
- Code général des impôts, article 158-6 (fraction imposable de la rente à titre onéreux)
- BOFiP, BOI-RSA-PENS-30-20 (rentes viagères à titre onéreux, fraction figée à l'entrée en jouissance)
- Code civil, articles 1968 à 1978 (contrat de rente viagère ; article 1978, exécution forcée en cas d'impayé)
- Code civil, articles 605 et 606 (grosses réparations à la charge du propriétaire, entretien courant à la charge de l'occupant)
- Notaires de France : Vente en viager (DUH, distinction avec l'usufruit, part des ventes occupées)
- INSEE : Tables de mortalité (base actuarielle de l'espérance de vie)
- Barèmes notariaux Daubry (référentiel indicatif de décote d'occupation, non opposable)



