Fille aidante et son père âgé lisent ensemble un audiogramme, assis à une table de cuisine lumineuse.

Santé auditive et usagePar Paul Polyakov|Mis à jour le 18 septembre 2026

Comment lire un audiogramme : symboles, dB et perte auditive

Sommaire

Votre parent est sorti de chez l’ORL avec une feuille couverte de croix et de ronds. Personne ne la lui a vraiment expliquée. Vous la regardez et vous ne savez pas par quel bout la prendre. On va lire ensemble cet audiogramme, dans l’ordre, sans rien sauter.


Que regarde-t-on en premier sur un audiogramme ?

En 30 secondes

Un audiogramme se lit en cinq gestes : repérez la couleur (rouge pour l’oreille droite, bleu pour l’oreille gauche), identifiez les symboles, regardez la hauteur des points, comparez les deux courbes de chaque oreille, puis calculez la moyenne sur quatre fréquences.

Posez la feuille à côté de l’écran. Nous allons avancer dans cet ordre précis, un geste après l’autre.

  1. Repérez la couleur des tracés.
  2. Identifiez la forme des symboles.
  3. Regardez la hauteur des points sur le graphique.
  4. Comparez les deux courbes d’une même oreille.
  5. Calculez la moyenne sur quatre fréquences.

Aucune étape ne demande de connaissance médicale. Elles demandent juste de regarder au bon endroit, dans le bon ordre.

Audiogramme annoté en cinq repères : la couleur, les symboles, la hauteur des points, l’écart entre les courbes et la moyenne. 1 La couleur rouge = oreille droite bleu = oreille gauche 3 Plus c’est bas, moins on entend 02040 6080100120 125250500 1 0002 0004 0008 000 Fréquences, des graves aux aigus (Hz) 4 Crochets collés aux ronds 2 Les symboles droite, au casque gauche, au casque droite, avec le vibrateur 5 Dans la zone dorée : on additionne les quatre chiffres, on divise par quatre. C’est la perte moyenne de cette oreille.
Sur cet exemple, l’oreille droite décroche à partir de 2 000 Hz : les points descendent vers la droite du graphique, là où vivent les voix aiguës et les consonnes.

L’axe horizontal : des graves aux aigus

En bas du graphique, une ligne de chiffres va de 125 à 8 000. Ce sont des Hz (hertz), l’unité qui distingue les sons graves des sons aigus.

À gauche, les graves. La voix grave d’un homme, le ronflement d’un moteur, une porte qui claque.

À droite, les aigus. La sonnerie du micro-ondes, le « s » et le « f », les voix de femmes et d’enfants.

C’est important pour la suite : une perte à gauche du graphique et une perte à droite n’ont pas du tout les mêmes conséquences dans la vie de tous les jours.

L’axe vertical : plus c’est bas, moins on entend

Sur le côté, une autre échelle descend de 0 vers 120. Ce sont des dB HL, l’unité qui mesure le volume sonore le plus faible que l’oreille perçoit.

Voici le point contre-intuitif à désamorcer tout de suite. Un bon audiogramme est un audiogramme du haut. Plus les points sont hauts, mieux votre proche entend.

Un point posé à 60 dB HL ne veut pas dire « il entend à 60 ». Il veut dire qu’il faut monter le son jusqu’à 60 pour qu’il commence à le percevoir.

Si ces repères vous manquent, un bilan auditif complet chez l’audioprothésiste permet de tout faire réexpliquer, calmement. Certaines personnes cherchent aussi un audiogramme vierge à imprimer pour recopier les chiffres à la main : c’est une béquille utile, mais la feuille d’origine reste la pièce de référence.

Femme âgée passant un test auditif au casque en cabine, accompagnée par une audioprothésiste attentive.
Le test au casque, dans la petite cabine.

Que signifient les croix, les ronds et les crochets ?

En 30 secondes

Les ronds rouges et les croix bleues correspondent au test au casque, oreille droite pour les ronds, oreille gauche pour les croix. Les crochets correspondent au petit vibrateur posé derrière l’oreille. Les triangles et les carrés signalent un test affiné avec un bruit de fond.

Il n’existe que six symboles sur cette feuille. Une fois qu’on les connaît, le graphique cesse d’être opaque.

Les symboles que vous pouvez voir sur la feuille

SymboleOreilleCouleurCe qu’il mesure
Rond ○DroiteRougeConduction aérienne (casque)
Croix ×GaucheBleuConduction aérienne (casque)
Crochet ⊏DroiteRougeConduction osseuse (vibrateur)
Crochet ⊐GaucheBleuConduction osseuse (vibrateur)
Triangle △DroiteRougeConduction aérienne avec masquage
Carré ▢GaucheBleuConduction aérienne avec masquage
Deux familles de symboles seulement : ceux du casque et ceux du petit vibrateur posé derrière l’oreille.

Casque ou petit vibrateur : pourquoi deux tests ?

Le casque envoie le son par le chemin normal. Le conduit, le tympan, les osselets, puis l’oreille interne. C’est la conduction aérienne.

Le petit vibrateur, lui, se pose sur l’os derrière l’oreille. Il fait vibrer le crâne et atteint directement l’oreille interne. C’est la conduction osseuse.

Les deux tests servent à savoir où se situe le problème. Le casque teste tout le trajet du son. Le vibrateur teste seulement le bout de la chaîne.

Comparer les deux, c’est comparer le parcours complet et le parcours raccourci. Nous verrons plus loin ce que leur écart raconte.

Et si je vois des triangles ou des carrés sur ma feuille ?

C’est la question qui n’a de réponse nulle part, et elle inquiète beaucoup de familles. Voici l’explication, en langage courant.

Quand une oreille entend nettement mieux que l’autre, elle capte au passage le son destiné à la mauvaise oreille. Le résultat serait faussé.

On envoie alors un bruit de fond dans la bonne oreille pour l’occuper pendant qu’on teste l’autre. Les professionnels appellent cela le masquage, un mot que vous pouvez oublier aussitôt.

Un triangle ou un carré n’est pas un signe de gravité. C’est un signe de sérieux : la personne qui a fait passer le test a pris la peine d’isoler chaque oreille.

Planche des six symboles d’un audiogramme : rond, croix, crochets droit et gauche, triangle et carré de masquage. Six symboles, et rien d’autre Le rond Oreille droite, au casque Le tracé le plus important La croix Oreille gauche, au casque Le tracé le plus important Le crochet rouge Oreille droite, au vibrateur Teste l’oreille interne seule Le crochet bleu Oreille gauche, au vibrateur Teste l’oreille interne seule Le triangle Droite, avec un bruit de fond Un signe de sérieux, pas de gravité Le carré Gauche, avec un bruit de fond Un signe de sérieux, pas de gravité
Un triangle ou un carré sur la feuille veut dire qu’on a occupé la bonne oreille avec un bruit de fond pour tester l’autre proprement.

À partir de quand parle-t-on vraiment de perte auditive ?

En 30 secondes

On ne juge pas une perte auditive sur un point isolé mais sur une moyenne : celle des seuils relevés à 500, 1 000, 2 000 et 4 000 Hz. En dessous de 20 dB HL, l’audition est dite « dans les normes ». Au-delà, le BIAP classe la perte en grades, oreille par oreille.

Le BIAP est l’organisme international qui fixe la grille de classement des pertes auditives. Sa nouvelle classification s’applique depuis le 1er septembre 2026 et remplace celle qui datait de 1997.

Deux changements comptent pour vous. La grille passe à sept niveaux numérotés de 0 à 6. Et chaque oreille est classée séparément, ce qui n’était pas le cas avant.

Comment calculer la perte moyenne de votre parent

Prenons l’exemple de M. Bertrand, 79 ans. Sur son oreille droite, la feuille indique quatre chiffres aux quatre fréquences qui comptent.

Refaites l’opération pour l’autre oreille, séparément. C’est justement ce qui change depuis septembre 2026 : on ne mélange plus les deux.

Vous n’avez besoin de rien d’autre qu’un papier et un stylo. Le reste, ce sont des mots posés sur ce chiffre.

Les sept niveaux de la nouvelle classification

Les sept niveaux de perte auditive

GradePerte moyenneIntituléAu quotidien
0moins de 20 dB HLDans les normesLa conversation passe
120 à 35 dB HLDéficience légèreOn fait répéter dans le bruit
235 à 50 dB HLDéficience modéréeLa télé monte, le téléphone gêne
350 à 65 dB HLDéficience modérée à sévèreLa conversation normale échappe
465 à 80 dB HLDéficience sévèreIl faut parler fort, de près
580 à 95 dB HLDéficience sévère à profondeLa voix seule ne suffit plus
695 dB HL et au-delàDéficience profonde à totalePrise en charge spécialisée
Grades établis à partir de la moyenne 500-1000-2000-4000 Hz, classification BIAP du 1er septembre 2026 alignée sur le référentiel OMS.
Le seuil

En dessous de cette moyenne, l’audition est dite « dans les normes ».

20 dB HL

Au-delà, la perte est réelle et se classe en grades, oreille par oreille.

La grille

La classification a changé le 1er septembre 2026.

7 niveaux

Numérotés de 0 à 6, alignés sur le référentiel de l’Organisation mondiale de la santé.

Classe I

Toute proposition doit comporter une offre 100 % Santé.

0 €

Reste à charge nul par oreille avec une complémentaire santé responsable ou la C2S. Sans complémentaire, il reste environ 710 € par oreille.

Ce que cette classification ne dit pas

Voici le passage le plus important de cet article. Trois précisions, énoncées par le BIAP lui-même.

D’abord, le vocabulaire a changé. On dit désormais « dans les normes » et non « normal ». La nuance n’est pas cosmétique : une audiométrie cliniquement normale n’exclut pas des difficultés d’écoute réelles au quotidien.

Ensuite, cette grille est un outil descriptif et épidémiologique. Elle sert à décrire et à comparer des populations. Elle ne fixe aucun critère d’éligibilité à l’appareillage et ne change rien aux règles françaises de remboursement.

Enfin, un seuil très élevé n’implique pas une fonction auditive absente, compte tenu des technologies disponibles aujourd’hui.

Une dernière question revient souvent : est-ce que ça va continuer à baisser ? Un audiogramme photographie un état à une date donnée. Il ne prédit rien. C’est précisément pour cela qu’un premier tracé fait office de référence : il permet de comparer dans deux ans.

Pourquoi y a-t-il deux courbes pour chaque oreille ?

En 30 secondes

Quand les deux courbes d’une même oreille se superposent, c’est l’oreille interne qui est en cause : on parle de surdité de perception. Quand elles s’écartent, quelque chose bloque le son en amont : c’est une surdité de transmission. Les deux ensemble donnent une forme mixte.

Reprenez votre feuille. Pour chaque oreille, comparez les symboles du casque et ceux du vibrateur.

Les deux courbes se superposent : une surdité de perception

Les crochets tombent sur les ronds, ou juste à côté. Le son passe aussi mal par le chemin normal que par le raccourci.

C’est donc l’oreille interne qui est atteinte. Cette situation est de loin la plus fréquente après 65 ans.

Disons les choses clairement, sans détour : cela ne s’opère pas, cela s’appareille. L’appareil ne répare pas l’oreille, il amplifie ce qui lui manque.

Les courbes s’écartent : une surdité de transmission

Les crochets restent en haut, les ronds descendent. L’oreille interne fonctionne, mais le son lui parvient mal.

Un bouchon de cérumen, une otite séreuse, une otospongiose peuvent produire ce dessin. C’est la famille de situations où un traitement médical ou chirurgical est parfois possible.

Le mot « parfois » compte. Ce n’est pas une promesse de guérison : c’est un motif d’en reparler à l’ORL, qui seul peut trancher.

Les deux courbes se superposent

  • Les crochets tombent sur les ronds, ou juste à côté
  • C’est l’oreille interne qui est en cause
  • La situation la plus fréquente après 65 ans
  • Cela ne s’opère pas, cela s’appareille

Les courbes s’écartent

  • Les crochets restent en haut, les ronds descendent
  • Quelque chose bloque le son en amont de l’oreille interne
  • Bouchon de cérumen, otite séreuse, otospongiose
  • C’est la famille de situations où un traitement est parfois possible

Il existe une troisième configuration, dite mixte. Les deux courbes sont basses et écartées à la fois. Les deux mécanismes se cumulent, et la conduite à tenir se décide au cas par cas.

Pourquoi entend-on les sons sans comprendre les mots ?

En 30 secondes

L’audiogramme tonal mesure des bips, l’audiogramme vocal mesure des mots répétés. On peut percevoir tous les bips et rater les consonnes, parce que les consonnes vivent dans les aigus : c’est justement la zone que la presbyacousie attaque en premier.

C’est la plainte numéro un, et elle passe souvent pour de la mauvaise volonté. « J’entends mais je ne comprends pas. » Cette phrase décrit un phénomène parfaitement documenté.

Les deux graphiques de la feuille

Ce qu’on mesureLe graphique des bipsLe graphique des mots
Ce qu’on entend dans le casqueDes sons purs, un par fréquenceDes mots courants à répéter
Ce qu’on noteLe son le plus faible perçuLe pourcentage de mots répétés juste
La question poséeEst-ce que j’entends ?Est-ce que je comprends ?
Ce qu’il révèle en plusLa forme de la perte, fréquence par fréquenceLe meilleur score atteignable, même en montant le son
On peut percevoir tous les bips et rater la moitié des mots : les consonnes vivent dans les aigus, la zone qui décroche en premier.

Le second graphique : combien de mots sur cent ?

Sur cette deuxième courbe, l’intensité se lit en bas et le pourcentage de mots répétés correctement se lit sur le côté.

Trois informations en sortent. Le niveau auquel votre proche répète la moitié des mots. Le niveau auquel il atteint son meilleur score. Et ce meilleur score lui-même.

Ce dernier chiffre est le plus parlant. C’est le meilleur score que l’oreille peut atteindre, même quand on monte le son. S’il plafonne à 70 %, monter le volume ne le fera pas grimper.

Voilà pourquoi crier ne sert à rien. Ce n’est pas une question de volume, c’est une question de netteté.

La zone de la parole sur le graphique

Sur certaines feuilles, une zone grisée en forme de banane figure l’endroit où se logent les sons de la parole. On l’appelle la banane vocale.

Les voyelles occupent la partie gauche, dans les graves. Les consonnes occupent la partie droite, dans les aigus.

Si la courbe passe sous cette zone à droite, les voyelles arrivent et les consonnes tombent. « Bateau », « gâteau » et « râteau » deviennent le même mot.

Ce n’est pas que votre père n’écoute pas. C’est que les consonnes n’arrivent plus.

Un troisième chiffre apparaît parfois, le seuil d’inconfort. Il indique le niveau à partir duquel le son devient pénible. Chez certaines personnes, la marge entre « trop faible » et « ça crie » est étroite, et cela se règle à l’appareillage.

À quoi ressemble l’audiogramme d’une presbyacousie ?

En 30 secondes

Quatre silhouettes de courbes reviennent sans cesse : une ligne haute et plate quand tout va bien, un plongeon vers la droite pour la presbyacousie, un écart entre les deux tracés pour une surdité de transmission, et un creux isolé à 4 000 Hz après une exposition au bruit.

Ce n’est pas un point isolé qui raconte l’histoire, c’est le dessin général de la courbe. Comparez la forme de votre tracé à ces quatre silhouettes.

Quatre silhouettes de courbes : audition dans les normes, presbyacousie, surdité de transmission et encoche à 4 000 Hz. Quatre silhouettes de courbes, oreille droite Dans les normes 04080120 Une ligne haute et plate. La conversation passe partout. Presbyacousie 04080120 Un plongeon vers la droite. Les voix aiguës s’effacent en premier. Un écart entre les courbes 04080120 Les crochets restent en haut. Quelque chose bloque le son en amont. Un creux isolé à 4 000 Hz 04080120 Une encoche, puis ça remonte. La trace d’une exposition au bruit.
Comparez la forme générale de votre tracé à ces quatre silhouettes : c’est le dessin de la courbe, pas un point isolé, qui raconte l’histoire.

La courbe qui plonge vers la droite : la presbyacousie

La presbyacousie est la baisse d’audition qui vient avec l’âge, d’abord sur les aigus. C’est le profil canonique après 70 ans.

Le tracé reste correct sur les graves, puis décroche progressivement à partir de 2 000 Hz. Le graphique dessine une pente qui descend vers la droite.

Dans la vie, cela donne toujours la même liste. Les voix de femmes et d’enfants qui s’effacent. La télévision qui monte. Le restaurant qui devient un enfer.

Prenons l’exemple de Mme Lefèvre, 73 ans. Son tracé reste à 20 dB HL sur les graves, puis chute à 55 dB HL à 4 000 Hz. Sa moyenne tombe à 32 dB HL, soit un grade 1, « déficience légère ».

Et pourtant elle ne comprend plus sa petite-fille au téléphone. Une moyenne qualifiée de légère peut masquer une gêne parfaitement réelle. C’est exactement ce que dit le BIAP quand il refuse le mot « normal ». Pour aller plus loin, notre article sur la presbyacousie chez la personne âgée détaille ce mécanisme.

Le creux isolé à 4 000 Hz : la trace du bruit

Prenons l’exemple de M. Roussel, 68 ans, ancien menuisier. Son tracé se tient entre 20 et 25 dB HL partout, sauf à 4 000 Hz où il plonge à 60.

Cette encoche isolée est caractéristique. Elle signe une exposition ancienne au bruit, en atelier, sur un chantier, ou au tir.

Le reste de la courbe remonte après le creux. C’est ce qui distingue cette signature de la presbyacousie, où la pente ne remonte jamais.

Une oreille nettement moins bonne que l’autre

Le classement oreille par oreille, entré en vigueur en septembre, rend cette lecture plus simple qu’avant. Calculez les deux moyennes, puis comparez-les.

Prenons l’exemple de Mme Ferrand, 81 ans. Son oreille droite est à 38 dB HL de moyenne, sa gauche à 62. L’écart atteint 24 dB.

Un écart marqué et durable entre les deux oreilles est un motif d’en reparler à l’ORL. Ce n’est pas un diagnostic, et cela ne préjuge de rien.

Notez simplement le chiffre, et posez la question au prochain rendez-vous. C’est tout ce qu’on vous demande de faire.

Vous lisez l’audiogramme d’un parent : que faire de cette feuille ?

En 30 secondes

Cette feuille sert à trois choses : comprendre ce qui se passe, obtenir une prescription, et engager la conversation autrement. Elle ne se range pas dans un tiroir. Demandez-en une copie, gardez la date, et servez-vous-en comme d’un point de départ, pas comme d’un verdict.

Repas de famille, un père âgé en retrait dans la conversation, signe d'une perte auditive non appareillée.
Présent à table, absent de la conversation.

Beaucoup d’aidants décrivent la même scène : un repas de famille, et un proche le nez dans son assiette. Il sourit quand les autres rient, mais il a décroché depuis vingt minutes.

Si vous lisez ces lignes, vous avez sans doute déjà vécu ce moment. Cette inquiétude est normale, et elle vous honore.

« Il dit qu’il entend très bien »

Une phrase revient sans cesse chez les proches : « elle entendait très bien ». Elle sort rarement de la mauvaise foi.

Le refus d’appareillage n’est presque jamais une question d’argent. C’est le fait qu’un appareil dans l’oreille est vécu comme un aveu de vieillesse.

Ce mécanisme s’appelle le déni, et c’est une protection psychologique profondément humaine. Personne n’a envie de devenir « la personne qui n’entend plus ».

Vous n’avez pas à gagner cette discussion en une soirée. Notre article sur le cas d’un parent qui refuse son appareil auditif aborde les mots qui débloquent, et ceux qui braquent.

Une chose aide, souvent : montrer la feuille plutôt que parler du problème. Le graphique déplace la conversation du reproche vers le constat.

Pourquoi ne pas laisser traîner

La chaîne est simple, et elle se déroule lentement. Moins bien entendre, c’est moins bien suivre. Moins bien suivre, c’est se retirer des conversations. Se retirer, c’est sortir moins.

Au bout de ce chemin, il y a l’isolement de la personne âgée, avec tout ce qu’il entraîne.

La perte auditive non prise en charge est par ailleurs identifiée comme un facteur de risque de déclin cognitif. Cela ne veut pas dire qu’elle en est la cause. Cela ne veut pas dire non plus qu’appareiller protège du reste.

Cela veut dire qu’une perte connue mérite d’être suivie, plutôt qu’oubliée dans un tiroir.

Concrètement, quatre gestes changent la suite. Accompagner un parent au rendez-vous médical fait partie des plus utiles.

Demandez une copie

Le document appartient à votre proche. Une copie évite de refaire le test à chaque nouveau rendez-vous.

Allez-y à deux

Quelqu’un qui entend mal suit mal un rendez-vous où on lui parle. Être deux, c’est retenir deux fois plus.

L’essai est réversible

Trente jours minimum, sans engagement d’achat. On peut rendre l’appareil et ne rien devoir.

Le premier réglage n’est jamais le bon

Le cerveau se réhabitue aux sons aigus en plusieurs semaines. On revient, on ajuste, on recommence.

De l’audiogramme aux droits : prescription, 100 % Santé et MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées)

En 30 secondes

Un audiogramme seul ne déclenche aucun droit. Il faut une prescription médicale. Celle-ci ouvre l’accès à un devis, qui doit obligatoirement comporter une offre 100 % Santé de classe I, sans reste à charge par oreille si votre proche dispose d’une complémentaire santé responsable ou de la C2S.

Le 100 % Santé est le dispositif qui garantit des appareils auditifs sans reste à charge, à condition que votre proche ait une complémentaire santé responsable ou la C2S. Voici comment on y arrive, dans l’ordre.

  1. Le test

    L’audiogramme est réalisé par un médecin ORL ou par un audioprothésiste. Seul, il ne déclenche rien.

    Jour 1
  2. La prescription

    Un ORL, ou un médecin généraliste formé en otologie, rédige l’ordonnance. C’est elle qui ouvre les droits.

    Après le rendez-vous
  3. Le devis

    L’audioprothésiste établit un devis qui doit obligatoirement comporter une offre de classe I par oreille.

    Avant tout achat
  4. L’essai

    Trente jours minimum avec l’appareil réglé, chez soi, avant de décider quoi que ce soit.

    30 jours minimum

Qui prescrit, qui teste, qui règle ?

Ces trois rôles sont systématiquement confondus, et c’est bien normal.

Le médecin ORL diagnostique et prescrit. Après 6 ans, la première prescription peut aussi être rédigée par un médecin généraliste formé en otologie.

L’audioprothésiste, lui, ne prescrit pas. Il teste, il propose, il adapte l’appareil et il le règle dans la durée.

Votre proche verra donc l’un pour obtenir le droit, l’autre pour obtenir l’appareil.

Ce que la Sécurité sociale prend en charge

Ce que couvre un appareil de classe I, par oreille

PosteMontant, pour un adulte de 20 ans et plus
Prix limite de vente950 € par oreille
Base de remboursement400 € par oreille
Taux de l’Assurance Maladie60 %
Part versée par l’Assurance Maladie240 € par oreille
Part versée par la complémentaire710 € par oreille, avec un contrat responsable ou la C2S
Reste à charge0 € avec une complémentaire responsable ou la C2S, environ 710 € par oreille sans complémentaire
Tout devis doit comporter au moins une offre de classe I par oreille. Le reste à charge n’est nul que si votre proche a une complémentaire responsable ou la C2S : sans complémentaire, il faut compter environ 1 420 € pour les deux oreilles. Le décret du 21 août 2026 relève le ticket modérateur des dispositifs médicaux au 1er janvier 2027 : la part de l’Assurance Maladie passera de 240 € à 200 € ou 160 € par oreille selon le taux qui sera retenu, sans supprimer le reste à charge nul en classe I.

La peur la plus répandue est celle de l’appareil à plusieurs milliers d’euros vendu sans nécessité. Le prix d’un appareil auditif varie beaucoup selon la classe choisie, mais l’offre de classe I, sans reste à charge dès lors qu’une complémentaire responsable ou la C2S prend le relais, doit figurer sur chaque devis. Le détail complet est traité dans notre article sur le remboursement appareil auditif 100 % Santé.

Audiogramme et MDPH : ce qu’il faut savoir avant de se lancer

Certaines familles engagent aussi un dossier MDPH personne âgée. Voici le principe, sans le barème.

La perte est mesurée sans appareillage, sur les mêmes quatre fréquences, selon les recommandations du BIAP. Le guide-barème croise ensuite les deux oreilles dans un tableau à double entrée.

L’audition et le retentissement sur le langage sont notés séparément, puis additionnés. La présence d’acouphènes ou de vertiges majore le total de 2 à 5 points.

Le calcul exact relève de l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH : l’audiogramme est une pièce du dossier, pas le barème.

FAQ – Comment lire un audiogramme

Comment lire un audiogramme quand on n’y connaît rien ?

Procédez dans l’ordre, sans chercher à tout comprendre d’un coup. Repérez la couleur, puis la forme des symboles, puis la hauteur des points. Comparez ensuite les deux courbes d’une même oreille et calculez la moyenne sur quatre fréquences. Cinq gestes suffisent.

Qu’est-ce qu’un audiogramme normal ?

Une moyenne inférieure à 20 dB HL sur 500, 1 000, 2 000 et 4 000 Hz correspond au grade 0. Le BIAP dit désormais « dans les normes » plutôt que « normal », et précise qu’une audiométrie normale n’exclut pas des difficultés d’écoute réelles au quotidien.

Que veut dire une perte de 40 dB sur un audiogramme ?

Une moyenne de 40 dB HL correspond au grade 2, dit « déficience modérée ». Au quotidien, la télévision monte, le téléphone devient inconfortable et les conversations à plusieurs demandent un effort. C’est souvent le moment où l’entourage s’en aperçoit avant la personne concernée.

À partir de combien de décibels faut-il un appareil auditif ?

Il n’existe pas de seuil couperet. Le BIAP précise lui-même que sa classification ne fixe aucun critère d’éligibilité à l’appareillage. La gêne ressentie compte autant que le chiffre : deux personnes au même grade peuvent avoir des besoins très différents. La décision revient au médecin.

Qui peut réaliser un audiogramme, et est-il remboursé ?

Un médecin ORL ou un audioprothésiste réalise le test. Chez l’ORL, il fait partie de la consultation et suit les règles de remboursement habituelles. Chez l’audioprothésiste, le bilan préalable est le plus souvent proposé sans frais, mais il ne vaut pas prescription.

Un audiogramme est-il douloureux ou fatigant pour une personne âgée ?

Non, le test n’est pas douloureux. Votre proche s’installe dans une petite cabine, porte un casque et appuie sur un bouton dès qu’il perçoit un bip. Cela demande de la concentration pendant une vingtaine de minutes, d’où l’intérêt d’un rendez-vous en début de journée.

Peut-on faire refaire un audiogramme si on doute du résultat ?

Oui, et c’est parfois justifié. Un bouchon de cérumen, un rhume ou une mauvaise journée de concentration peuvent fausser le tracé. Demandez simplement un contrôle : disposer de deux mesures à quelques semaines d’intervalle vaut mieux qu’un doute qui s’installe.

Peut-on faire un audiogramme en ligne ?

Un test auditif en ligne gratuit sert à dépister, pas à diagnostiquer. Il dépend du casque, du volume de l’ordinateur et du bruit ambiant. Il peut inciter à consulter, ce qui est déjà utile, mais il ne remplace pas un audiogramme en cabine et ne vaut jamais prescription.

SOURCES7 références
  1. Audiologie Demain, le BIAP fait évoluer la classification des grades audiométriques de pertes auditives (2026) — https://audiologie-demain.com/le-biap-fait-evoluer-la-classification-des-grades-audiometriques-de-pertes-auditives
  2. Fréquence Audio, le BIAP révise sa classification des pertes auditives (2026) — https://frequenceaudio.fr/le-biap-revise-sa-classification-des-pertes-auditives/
  3. Ouïe Magazine, classification BIAP et seuils audiométriques, 7 septembre 2026 — https://www.ouiemagazine.net/2026/09/07/classification-biap-seuils-audiometriques-2026/
  4. Bureau international d'audiophonologie, recommandations officielles — https://www.biap.org/
  5. Organisation mondiale de la santé, aide-mémoire surdité et déficience auditive — https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/deafness-and-hearing-loss
  6. Assurance Maladie, remboursement des prothèses auditives et offre 100 % Santé — https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/soins-protheses-dentaires-optique-audition/protheses-auditives
  7. Légifrance, guide-barème pour l'évaluation des déficiences, déficiences auditives — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000027037614/

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